14 juillet 2019 en Tunisie : photos et discours

Fête nationale du 14 juillet 2019 discours de l’Ambassadeur, photos et vidéos.

Discours de l’Ambassadeur Olivier Poivre d’Arvor

Mesdames et Messieurs, bonsoir, je remercie tout d’abord Madame Mariem Azizi, accompagnée de M. Habib Samandi, de nous avoir accueillis en musique.
Yacine Boularès va maintenant interpréter les hymnes nationaux.

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Fête nationale du 14 juillet 2019 discours de l’Ambassadeur
Crédits : Leaders

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- Monsieur le Chef du Gouvernement,
- Madame la ministre de la Santé, Monsieur le ministre de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la Pêche, Monsieur le Secrétaire d’Etat chargé du commerce intérieur,
- Madame la conseillère diplomatique du Président de la République,
- Monsieur le Chef d’Etat-major de l’Armée de Terre,
- Chers ambassadeurs de la Méditerranée et du sommet des deux Rives, Madame Ouided Bouchamaoui, Monsieur Bertrand Delanoë
- Madame la Sénatrice, Joëlle Gariaud-Maylam, représentant les Français établis hors de France,
- Mesdames et Messieurs les Ministres,
- Mesdames et Messieurs les députés,
- Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques et les organisations syndicales, des associations, Mesdames et Messieurs les Présidents d’Universités,
- Monsieur le Maire de la Marsa, Mesdames et Messieurs les maires et élus,
- Mesdames et Messieurs les ambassadeurs
- Madame l’Ambassadrice de France pour la Libye et ses équipes,
- Mesdames et Messieurs les conseillers consulaires,
- Messieurs les Consuls honoraires,
- Chers lauréats du baccalauréat français et leurs familles,
- Mes collaborateurs et toute l’équipe qui a activement préparé ce 14 juillet, et que je remercie et embrasse, tout particulièrement celles et ceux qui vont quitter cet été la Tunisie,
- Mes très chers compatriotes,
- Chers amis,

France et Tunisie, tout nous lie !

Il y a un an, le 14 juillet 2018, ici même, en votre présence, Monsieur le chef de Gouvernement, nous nous préparions, ballon au pied et moral d’acier, à la victoire. Le 15 juillet, l’équipe de France remportait la Coupe du Monde. Le 19 juillet 2019, les Aigles de Carthage ne seront pas en finale de la Coupe d’Afrique des Nations, mais je voudrais, à travers vous féliciter la belle performance de l’équipe nationale, comme saluer, à distance mon compatriote et ami Alain Giresse. « Je ne perds jamais, je gagne ou j’apprends ». Je livre cette phrase consolatrice de Nelson Mandela à toute la Tunisie que j’aime. Et je salue et félicite mon amie Ramatalouye Ba Fay, l’ambassadrice du Sénégal en Tunisie, également active présidente du groupe des ambassadeurs francophones, pour la victoire des Lions de la Téranga.

J’ai souhaité placer, cette année, la célébration de la Fête nationale sous le signe de la Méditerranée, de ses deux rives, comme de la Saison Bleue qui nous rappelle, pour sa seconde édition en Tunisie, les ressources extraordinaires de cette Mare Nostrum comme elle en pointe les graves menaces qui pèsent sur elle.
J’ai choisi de le faire quelques semaines après la tenue du Sommet des deux Rives à Marseille, très belle idée de rapprochement des peuples née, il n’y a jamais de hasard, ici en Tunisie. Ici à Dar el Kamila, sur les fondations d’un très ancien palais de Carthage, Carthage, l’empire du grand peuple de la mer, à la Marsa, le port qui regarde vers l’autre rive de la Méditerranée.

C’était il y a presque deux ans, en effet, à quelques pas de cette Résidence, dans un autre très beau Palais beylical, l’Assemblée du Bardo dont je salue avec affection le Président Ennaceur et le travail depuis cinq ans de tous ses représentants. Dans son discours aux députés tunisiens, le Président Emmanuel Macron exprimait son désir de réunir les sociétés méditerranéennes. Il imaginait un forum au sein duquel le dialogue serait renoué entre la rive sud et la rive nord. Après plusieurs rencontres d’experts sur tout le pourtour méditerranéen, dont une à Tunis le mois dernier, le Sommet des deux Rives voyait le jour.

J’ai été très impressionné lors du Sommet des deux Rives par l’implication de nos sociétés civiles, à nous peuples de la Méditerranée. Sociétés civiles tunisienne, française mais aussi algérienne, et dans quel contexte passionnant, marocaine, libyenne, mauritanienne, espagnole, italienne, maltaise ou portugaise. Des sociétés civiles, mais autant de familles, de sang parfois, de cœur ou recomposées souvent. Tout ceci sous la présidence bienveillante de Ouided Bouchamaoui, incroyable d’efficacité et de talent, merci très chère Ouided, et avec la participation remarquée d’un fils de la Tunisie, Bertrand Delanoë, merveilleux ami.
L’Appel des Cent a été lancé à la Cité de la Culture de Tunis le 11 juin et entendu des deux côtés de cette mer si chère à nos cœurs. Je sais que cette culture méditerranéenne, vous, ambassadeurs, vous œuvrez chaque jour à la promouvoir. Sur les traces, et j’en passe, d’Ulysse (un grand salut à mes amis Djerbiens !), d’Elyssa, d’Hannon, Hannibal, Alexandre le Grand, Saint Augustin, Ibn Batouta, Ibn Khaldûn ou Fernand Braudel…

Quel meilleur écrin pour ce lien intime et profond entre la France et la Tunisie que la Méditerranée ? Berceau de la civilisation occidentale, cette mer soi-disant fermée est depuis l’Antiquité une plateforme d’échanges commerciaux mais avant tout culturels. Elle fait partie intégrante de la culture tunisienne comme de la culture française. Elle nous lie inexorablement, et c’est ce lien sensible et respectueux que je veux célébrer avec vous aujourd’hui.

Rarement, ce lien n’a été aussi fort et surtout aussi équitable. Un lien qui s’est illustré à plusieurs reprises cette année et par l’intermédiaire d’un grand nombre de projets et d’événements que nous avons portés ensemble. Je ne vais pas les citer tous, mais si je devais en retenir un seul, ce serait cette belle journée du 14 février 2019 à Paris, jour de la Saint Valentin, lors de laquelle nous avons célébré ce couple franco-tunisien à l’occasion de la tenue du Haut conseil de coopération. Monsieur le chef du gouvernement, vous en avez été avec Edouard Philippe l’acteur principal, et je vous remercie chaleureusement d’honorer pour la troisième fois consécutive de votre présence et de celle de votre épouse Hella la célébration de notre Fête nationale.

Cette Méditerranée, l’essence de notre culture commune, une culture partagée et entremêlée, est aussi la meilleure réponse de nos démocraties pour lutter contre le terrorisme. Notre culture, c’est évidemment celle de l’art et de la création.

Celle de la musique méditerranéenne comme en témoignent les talentueux artistes présents à nos côtés, le franco-tunisien Yacine Boularès, célèbre saxophoniste, clarinettiste et compositeur comme Mariem Azizi, aux si belles chansons andalouses en arabe et en ladino.

C’est la culture de l’art, celui de mon ami, et combien tunisien, et combien français, et combien les deux et plus encore, et méditerranéen profondément, Azzedine Alaïa. Je remercie son neveu Montassar qui nous permet ce soir de 14 juillet de présenter de manière exceptionnelle deux robes symboles de la légendaire collection printemps-été 1992, exposée actuellement à la Fondation Dar Alaïa, chez Azzedine. A Sidi Bou Saïd. Un balcon magique face à la Méditerranée qu’il ne faut pas manquer de visiter ! Cette robe bayadère en maille de coton, reprenant des motifs d’habits traditionnels. Et la fameuse robe chemise d’Azzedine Alaïa et sa ceinture en cuir travaillée de manière artisanale. Enfant de Siliana, gamin de Bab Souika, créateur des bords de Seine, tu incarnes si bien, Azzedine, cette Méditerranée si créative.

Tu l’incarnes, comme le cinéma tunisien l’incarne, magnifiquement illustré par le festival euro-méditerranéen Manarat, qui s’est déployé en ce début juillet sur neuf plages du littoral tunisien, devant un très large public, offrant une réponse de courage et d’imagination méditerranéenne à ceux qui venaient de répandre la terreur à Tunis.

Car vous Tunisiens, nous Français, nous tous ensemble méditerranéens, nous portons ensemble, contre vents et marées, de par notre histoire et notre proximité, de magnifiques valeurs. Au nombre de celles qui me paraissent devoir continuer à guider notre relation pour l’avenir, j’en distinguerai ce soir trois.
La solidarité.
Le respect et l’équitabilité.
La jeunesse et la créativité.


La solidarité, tout d’abord :

Une solidarité qui se manifeste en ce moment bien particulier de nos nations dans cette lutte commune et impitoyable contre le terrorisme. Un terrorisme au nom d’un Islam dont nous savons qu’il est d’abord une religion de paix et de sagesse, dans un pays comme le vôtre, réputé pour sa diversité de consciences et de tolérance en termes de croyances et de traditions.
Je souhaite, avec vous, m’incliner devant les victimes du double attentat du 27 juin. Et saluer le très grand courage, le professionnalisme, la réactivité remarquable des forces de sécurité tunisiennes. Ce soir encore, ces hommes et ces femmes, permettent à cette célébration de se tenir dans d’excellentes conditions de sécurité. Je les remercie de la même manière d’assurer la protection de notre ambassade, avenue Bourguiba, à quelques mètres des récents attentats kamikazes du 29 octobre 2018 et du 27 juin. Grâce à eux, tous les jours de l’année, mes collaborateurs, nos visiteurs et moi-même allons au bureau en toute sérénité. Face, il est vrai, à la statue d’Ibn Khaldûn, le père de la sociologie politique, méditerranéen s’il en est un, né à Tunis, d’origine andalouse et voyageur au long cours en Egypte, en Syrie, au Maroc, en Algérie… Devant tant de sagesse et d’exercice de la pensée, comment avoir peur ?

Aujourd’hui encore, je réitère, aux côtés de René Trabelsi, ministre du Tourisme et de l‘Artisanat, inlassable promoteur de la valeur tunisienne à l’étranger, mon appel à mes compatriotes à venir visiter, très nombreux, la Tunisie. Nous nous sommes fixés en 2019 le cap de 900.000 touristes. Si nous en avions 1 million, nous serions plus heureux encore. La Tunisie, Bertrand Delanoë l’a rappelé, est un pays sûr. Il ne pensait pas qu’à Bizerte, même si… Bizerte, dont le maire, fête aujourd’hui le 14 juillet à la Seyne sur Mer à l’invitation de son homologue, tout comme celui de Sousse est pour la même raison à Marseille, c’est dire comme nous sommes reliés.

C’est pourquoi, dans ces moments, il faut des symboles. Celui de la Fête Nationale française célébrée en Tunisie. À ceux qui me demandaient si nous la maintenions à la date du 14 juillet, j’ai dit mon étonnement ! Comment pourrait-il en être autrement ? Rien ne peut jamais déplacer ou reporter les rendez-vous républicains. Nice, le 14 juillet 2016, est, il est vrai, dans nos mémoires et nos cœurs blessés. 86 morts et des centaines de blessés. Je salue ce soir toutes les victimes du terrorisme en France, en Tunisie et dans de si nombreux pays. Devant ces forces obscures et lâches, il ne faut jamais mettre le genou en terre, ne jamais reculer. Je souhaite donc ainsi saluer, à travers vous, l’ensemble du peuple tunisien qui nous donne l’exemple de la résilience, de la détermination et de la sérénité qui doit être la nôtre face à la violence et à la terreur. Il en va du monde que nous construisons ensemble, de part et d’autre des deux rives, et je pense particulièrement aux 700.000 Tunisiens vivant en France, notamment dans la Région Sud, en paix et en harmonie.

Cette Méditerranée, nous ne devons pas l’occulter, peut être aussi, par moments, le théâtre d’un péril humain dramatique. Elle peut séparer au péril de la vie. Quel humain peut-il être indifférent à la détresse de jeunes hommes et de jeunes femmes, de leurs enfants avec eux, dans leur chair. En 2018, plus de 110.000 personnes ont tenté de passer de la rive sud, celle du Maghreb, à la rive nord, celle de l’Europe et près de 2500 personnes ont disparu en Méditerranée. Sur nos rivages, à Zarzis, notamment, souvent en provenance de Libye, quand elles ne partent pas de Tunisie, ces embarcations de la mort se lancent sur une mer, la Méditerranée, qui semble aujourd’hui destinée à rejeter chaque jour des cadavres alors qu’elle devrait porter la vie. Devant la dépouille de ces migrants, comme devant l’œuvre des garde-côtes, de la Protection civile, des bénévoles du Croissant Rouge, il faut nous incliner. Ces morts sont l’échec de nos sociétés, inégalitaires, si vulnérables, si désespérantes pour la jeunesse.

Notre urgence, face à ces drames de la migration, du chômage ou de la misère économique, c’est l’aide au développement des pays du Sud, c’est l’effacement des inégalités territoriales. Je veux saluer donc ici le travail de l’Agence française de développement, dans le monde entier certes, mais tout particulièrement en Tunisie où l’AFD investit, proportionnellement à la population, le plus de moyens et d’énergie.

Il est donc de notre devoir d’œuvrer pour la paix. A nos portes, les conflits sont sanglants, à nos frontières, les tensions sont vives tandis que les peuples déterminés. Les Etats, les sociétés civiles, les organisations internationales doivent toutes se mobiliser pour la paix, à l’image de la Tunisie, Présidente de la Ligue Arabe en 2019, organisatrice en 2020 du Sommet du Cinquantenaire de la Francophonie, membre en 2020 et 2021 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Ces grandes responsabilités internationales qui sont les vôtres, nous vous en félicitons chaleureusement, M le Chef de Gouvernement. Le Président Macron ne manquera pas d’ailleurs de les rappeler lors de la seconde édition du Forum pour la Paix qui se tiendra à Paris à l’automne prochain.

Enfin, la solidarité, c’est assurer aux femmes et aux hommes des deux rives de la Méditerranée les mêmes droits, la même protection. Je pense au secteur de la santé, Madame la Ministre, un des piliers de la Tunisie de Bourguiba et dont vous souhaitez relancer la dynamique. Je souhaite qu’ensemble nous hâtions la construction des hôpitaux régionaux de Gafsa et Sidi Bouzid, quitte à mettre en place rapidement des services intermédiaires. Je vous fais également part de notre disponibilité pour accompagner, y compris par des équipements, votre ambitieuse et indispensable politique de dépistage du cancer du sein. Les femmes tunisiennes dont on vante tant le génie et l’action déterminante dans la société civile doivent se savoir protégées.

Enfin, je souhaite faire de l’année 2020 celle de l’engagement français en Tunisie pour les personnes handicapées qui se comptent par millions dans nos deux pays. Le handicap, qui rejoint d’une manière ou d’une autre la question de l’acceptation de la différence et du soutien aux minorités, est un sujet majeur et j’en appelle à vous pour en faire un grand mouvement de transformation sociale et solidaire.

Le respect et l’équitabilité, maintenant.

Nous, Français, nous nous devons, peut-être plus que d’autres encore, de par l’histoire qui nous lie à la Tunisie, à une grande exemplarité de comportement. Cette histoire n’est pas anodine. Le grand mouvement d’indépendance tunisien, 1956 et bien avant, force l’admiration des Français que nous sommes aujourd’hui, mais il aurait pu à jamais nous séparer si les luttes pour la liberté et la souveraineté tunisiennes n’avaient pas été comprises par des Pierre Mendès-France ou Alain Savary et portées par d’aussi grandes figures de la libération nationale. Je pense évidemment à Habib Bourguiba dont je salue les petits enfants, ici présents, avec beaucoup d’amitié. Mais je pense également, avec un fort sentiment d’émotion, à ce grand syndicaliste, Farhat Hached, victime d’un odieux assassinat perpétré sous le Protectorat. Ce crime, nous nous devons, nous Français, d’en reconnaître l’origine. Pour la famille de ce héraut de l’UGTT, une organisation dont je salue la place centrale dans la construction identitaire et l’équilibre social de la Tunisie comme je salue d’ailleurs les hauts représentants de l’UTICA ici présents, pour Nourredine Hached, son fils, son épouse récemment décédée, pour Farah, sa petite fille, pour tous les siens, il n’y aura jamais prescription. Je propose donc aujourd’hui qu’une commission de chercheurs des deux pays fasse apparaître, avec précision, la vérité et les responsabilités.

Ce respect, nous le devons à chaque instant de notre relation, à la Tunisie. Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a encore rappelé récemment qu’il ne nous appartient pas de juger, de nous exprimer sur des lois votées à l’Assemblée des représentants du peuple ou de prodiguer conseils ou mises en garde. De la même manière, malgré les instrumentalisations toujours à l’œuvre ou les fausses informations, mon pays se tiendra à bonne distance d’un processus, ô combien souverain, des élections à venir en Tunisie. Il est bien et heureusement fini le temps où le monde pensait la Tunisie à sa place. Nous devons d’ailleurs, nous tous, partenaires étrangers, sous prétexte d’accompagner la Tunisie dans sa transition démocratique, faire toujours attention à ne pas l’imaginer comme nous voudrions qu’elle soit ou qu’elle nous ressemble.

La Méditerranée que nous voulons, c’est une Méditerranée dynamique et prospère sur ses deux rives. Nous devons produire de l’économie équitable et de la croissance durable. Dans une semaine, la ministre française des Transports sera à l’invitation de son homologue à Tunis pour faire avancer de grands projets. Le Président Macron a souhaité que nous doublions les IDE français en Tunisie dans les trois ans à venir. J’ai donc créé en juin dernier un Groupe d’impulsion économique dont de nombreux membres sont ici présents. Aux côtés de la Chambre franco-tunisienne de commerce et des Conseillers du commerce extérieur, ce groupe qui verra bientôt à sa tête un Président a pour mission de dynamiser de part et d’autre les investissements, parce que nous croyons au site tunisien. Ce sera autant d’emplois créés, s’ajoutant déjà aux 140.000 des entreprises françaises ici, au bénéfice de la Tunisie. Ce Groupe d’impulsion a, notamment, pour mission de penser la mobilité professionnelle dans une perspective équitable. Pas de fuite des cerveaux, mais des échanges économiques, scientifiques, humains profitables à votre pays. La Tunisie est encore fragile. Elle ne saurait être désertée ou pillée de ses richesses et ressources humaines. Notre relation doit être à l’image de ce formidable mouvement de solidarité et d’échanges qui s’est manifesté, depuis les élections municipales de mai 2018, et qui grâce à des rencontres organisées sur tout le territoire tunisien, a permis que plus de quatre cents élus des deux pays se connaissent et montent ensemble plus de cinquante projets entre leurs collectivités.

Œuvrer pour la paix en Méditerranée, c’est aussi plus largement promouvoir un développement durable et solidaire. C’est agir pour contrer le péril environnemental méditerranéen qui nous guette. Cette mer louée par les plus grands, de Van Gogh à Camus, est devenue, par endroits, une décharge à ciel ouvert, faite de déchets non dégradables et de plastique. La Tunisie est menacée de plein fouet par cette catastrophe écologique et sanitaire. Elle en est, en Méditerranée, la première victime. A Gabès, notamment, où j’étais ce jeudi, et où je vous fais la proposition, M le chef de Gouvernement, qu’en juin 2020 se tienne avec le plein soutien de mon pays une grande conférence internationale sur les moyens de sauver le Golfe de Gabès.

L’année dernière, avec un groupe d’activistes de l’environnement, de scientifiques, d’entrepreneurs, de passionnés de la mer, nous avons ainsi inventé La Saison Bleue dont la deuxième édition a commencé ce 21 juin aux Ports Puniques. Pendant trois mois, de Tabarka à Zarzis, avec plus de 80 communes du littoral tunisien, et près de 100 manifestations, nous allons démontrer combien l’économie bleue, c’est à dire le transport et le commerce maritimes, le tourisme, la pêche et l’aquaculture, les activités nautiques, culturelles et sportives, peuvent être des sources de richesse. Mais également combien ce littoral est fragilisé, menacé, attaqué par les pollutions industrielles d’ampleur, l’urbanisation anarchique du littoral, l’incivilité de chacun, l’érosion côtière, la montée des eaux (un mètre d’ici 2050 !) le changement climatique… L’éponge de Kerkennah, ici présente, est notre symbole. Je vous donne donc tous rendez-vous au Forum de la Mer qui se tiendra le 21 septembre, en conclusion de la Saison Bleue, à Bizerte.

La jeunesse et la créativité, enfin.

Cette Méditerranée du partage et de l’engagement, nous la devons aussi à nos jeunesses. Cette jeunesse défie tous les pronostics et prouve qu’elle est une force motrice de nos sociétés ; elle l’a fait en Tunisie, en 2011, elle l’incarne en Algérie aujourd’hui. Armée de ses idéaux, elle s’engage pour la démocratie.
Nombreux sont ces jeunes qui aspirent à construire leur démocratie, en faisant entendre leurs voix. Par le vote notamment, en témoignent le nombre de nouvelles inscriptions sur les listes recensées par l’ISIE pour les échéances électorales de l’automne. Des élections qui se tiennent à l’heure, évidemment, il ne pouvait en être autrement en Tunisie.

À la veille des grands rendez-vous démocratiques qui attendent la Tunisie en cette fin d’année, je tiens à adresser un mot tout particulier au Président de la République tunisienne, Monsieur Beji Caïd Essebsi. « Monsieur le Président, vous avez accompagné, depuis bientôt 5 ans, la jeune démocratie tunisienne dans sa transition historique en lui apportant toute votre sagesse et votre expérience, et je sais votre détermination à la conduire jusqu’aux échéances électorales de l’automne. Je vous réitère les vœux du Président Macron d’un bon et complet rétablissement. »

Quel plus beau symbole de la relation méditerranéenne partagée de mon pays et du vôtre, Monsieur le Chef du Gouvernement, que l’ouverture en octobre de l’Université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée ? Des étudiants tunisiens, africains, européens vont venir à Tunis se former sur un campus commun dans une perspective de double diplomation. C’est une première pour nos deux pays.
Je voudrais saluer tout particulièrement la présence dans la délégation de Renaud Muselier du Président de l’Université d’Aix-Marseille, l’un des établissements fondateurs de l’UFTAM. Nous devons à Yvon Berland d’avoir fait de son université l’une des premières en France à avoir refusé de pratiquer la majoration des droits d’inscription pour les étudiants tunisiens.

Nombreuses sont d’ailleurs les bonnes nouvelles pour cette rentrée de la jeunesse : l’inauguration à Sousse en septembre 2019 du Collège Philippe Seguin, avant l’ouverture d’un lycée en 2020. En septembre également, à Sfax, Djerba et Tunis, des écoles à programme français seront homologuées. Enfin après Tunis, Gafsa, Djerba, Kairouan, Bizerte, c’est à Gabès qu’ouvrira début 2020 la sixième alliance française de Tunisie, lieu d’enseignement de la langue française mais aussi centre culturel, afin de rééquilibrer notre présence dans des régions moins favorisées qu’à Sousse, Sfax ou Tunis où l’Institut français fait un travail important.

Mais je ne peux terminer cette intervention sans dire que les semaines à venir vont voir la concrétisation de grands projets franco-tunisiens, touchant très directement la jeunesse et ce dans le domaine du numérique. La Tunisie a été ainsi choisie pour être l’un des quatre pays en Afrique à développer une French Tech Communauté, regroupant tout l’écosystème des entreprises et start-up agissant dans ce domaine, sous l’impulsion de sa présidente Neila Benzina qui prépare également l’ouverture d’une station T. Grâce à la Fondation Tunisie pour le développement et son Président Badreddine Ouali, nous accompagnerons par ailleurs la création d’une dizaine de centres Elife dans le pays, tout comme une grande école du numérique à Tunis. Ce sont des projets de formation à haut niveau qui vont permettre à des milliers de jeunes Tunisiens de conquérir par leur talent le monde.

Monsieur le Chef de Gouvernement, chers amis,

Suivant les règles de trois ans qui s’appliquent à nos séjours à l’étranger, nous diplomates, ce discours du 14 juillet devait être celui d’un au revoir à un pays qui m’a tant appris, tant donné. Je tiens à remercier le Président Macron et Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, d’avoir prolongé de manière exceptionnelle ma mission auprès de la République tunisienne. Je forme donc des vœux pour qu’ensemble, le 14 juillet 2020, ici même, nous puissions sur tous ces engagements, exprimés devant tant de témoins et d’importance, faire la preuve que nous avons tenu parole.

Je voudrais terminer mon propos en saluant la beauté de la terre tunisienne et de ses fruits. Grâce au ministre de l’agriculture, des ressources hydriques et de la pêche, Monsieur Samir Taieb, et à ses services, un marché des produits du terroir méditerranéen vous retiendra sur le chemin de la sortie tandis qu’il accueillera quelque quatre milliers d’invités supplémentaires dès 20h30. Ce marché célébrera les richesses de votre terre, Monsieur le chef du Gouvernement, et je sais qu’en bon agronome que vous êtes, vous ne serez pas indifférent que ce soir la France rende hommage au terroir de la Tunisie et à la gastronomie de votre pays.

Cette terre est à l’image de ces fruits offerts par le Groupe Poulina et son entreprise, les Fruits de Carthage. La récente disparition d’Abdelwahab Ben Ayed, dont je salue la famille, est une grande perte pour l’environnement entrepreneurial tunisien. Deuxième d’une fratrie de neuf enfants, Abdelwahab, a d’abord fait des études d’agronomie à Toulouse, avant de rejoindre le ministère de l’agriculture tunisien. Mais la légende -vérifiée- de ce grand homme d’affaires dit que c’est un 14 juillet, jour de la Fête Nationale française, qu’il a acquis en 1967 un poulailler avec l’aide financière de son père magasinier et de ses amis pour collecter un capital initial de 15 000 dinars. Cet achat a constitué l’ébauche de ce qui est devenu, grâce à un homme et une famille méritante, le groupe Poulina, l’un des plus importants en Tunisie.

Morale de l’histoire : si vous êtes tunisien et que l’on vous propose d’acheter quelque chose un 14 juillet, n’hésitez pas une seconde ! La Fête Nationale française porte bonheur.

Seuls l’amitié et l’amour ne s’achètent pas. Vive la Tunisie, vive la France, vive la grande famille franco-tunisienne et vive la Méditerranée qui nous relie.

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Dernière modification : 17/07/2019

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